Ancêtres & Mort, Lectures

Chroniques de mon crématorium

Chroniques de mon crématorium
de Caitlin Doughty
ed. PAYOT

Résumé de l’éditeur :

En général, les gens se décarcassent sacrément pour repousser la mort dans les marges. Caitlin Doughty, elle, fraîchement diplômée d’histoire médiévale, se fait embaucher dans une petite entreprise de pompes funèbres. Comment va-t-elle se dépatouiller avec ses premiers cadavres ? Fermer des yeux dont les paupières ne cessent de se rouvrir, clore des bouches béantes, retirer un pacemaker, mettre des bas à un mort gonflé comme un bonhomme Michelin ou enfiler un string à grand-mère car tel est le souhait de la famille ? Comment enfin sortir les cendres du crématorium sans que ses noodles en prennent un coup et le même soir séduire un mec alors qu’elle sent le roussi ? Caitlin Doughty explore sa vocation de croque-mort avec un humour noir réjouissant. Le récit est fascinant. Qu’on ne s’y trompe pas pourtant, l’objectif – atteint – de cette jeune femme engagée est de nous réapprendre à accueillir nos morts, de façon plus humaine, sans peur, et nous aider ainsi à accepter l’inacceptable.

À propos de l’auteur :

Caitlin Doughty vit à San Francisco. Entrepreneur en pompes funèbres, elle défend des pratiques funéraires plus humaines, notamment avec sa série culte sur Youtube Ask a Mortician et le collectif The Order of the Good Death.

Mon avis à moi :

La première fois que j’ai entendu parler du The Order of the Good Death (l’Ordre de la Belle Mort), je venais de me dédier à Hécate. C’était il y a un peu plus de deux ans. Je ne peux pas sincèrement dire que j’ai adoré ni que j’ai détesté. C’était décalé, dérangeant, ça me mettait face à des choses que, tout au fond de moi, au-delà du vernis ‘la mort n’est qu’un passage, blablabla‘, je n’avais strictement pas envie de voir, merci beaucoup. C’est une chose de ramasser les animaux morts, s’en est une toute autre de faire face à l’inéluctable pour moi, mes proches et tous les inconnus que je croise dans la rue. Donc j’ai ouvert la boîte de Pandore avec sa chaîne youtube et ses articles et j’ai apprécié la démarche et sa nécessité mais c’était trop d’un coup. Je n’ai pas pu la refermer mais je l’ai poussé dans le coin « on verra quand se sera le moment (c-à-d quand Hécate me plongera la tête dedans de grès ou de force) ».

Dans ce livre, Caitlin nous parle de son entrée dans le business de la mort et de ce qu’elle y a trouvé. C’est bourré d’anecdotes souvent très crues, croisées de réflexions pertinentes sur les différentes coutumes funéraires dans le monde et dans l’Histoire. Elle dit les choses comme elles sont. On pourrait croire, par moment, qu’elle manque de décence et de compassion mais, au contraire, il y a beaucoup d’amour pour les morts dans ce livre et une envie sincère que les occidentaux sortent la Mort du placard à balais où on l’a caché.

J’ai appris un TAS de choses, des trucs que je n’aurai pas nécessairement eu envie de savoir (comme le déroulement d’un embaumement au détail près) mais aussi des rites funéraires (ceux d’une certaine tribu cannibale par exemple ^^’), les neufs méditations du cimetière des moines bouddhistes, comment l’industrie du funéraire en est arrivée où on en est aujourd’hui et donc notre rapport avec la Mort (principalement aux États-Unis et en Angleterre mais je ne pense pas que cela diffère tant que ça en France mais ça vaudrait le coup de se renseigner ^^).

Bref, c’était une lecture passionnante par moment, très difficile à d’autres ( je pense notamment quand elle aborde le sujet de la mort infantile avec la même franchise que pour tout le reste). Je me suis vue sur sa table et je sais désormais ce qu’on fera très probablement subir à mon corps inerte. Pour être franche, ça ne m’enchante pas des masses d’être manipulée par des inconnus qui parleront de leur dernier week-end tout en me traitant comme un numéro de plus et le pourquoi fait réfléchir. Cette lecture permet non seulement d’ouvrir les yeux mais amène un ensemble de questions auxquelles il va me falloir trouver des réponses. Bref, finis de jouer à l’autruche.

Quelques extraits :

« Ça me paraissait tellement injuste de passer toute ma vie à bien m’habiller et à parler comme il faut si c’était pour finir inerte et impuissante. Allongée nue sur une table froide, les seins avachis sur les côtés, un filet de sang le long de la bouche, et aspergée à grands jets d’eau par n’importe quel employé des pompes funèbres. »

« Un mort n’a pas besoin que vous vous souveniez de lui. En fait, il n’a plus besoin de rien, il est plus que comblé d’être allongé là et de commencer tranquillement à pourrir. »

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