Chamanisme, Cheminement

Les voyages chamaniques, ça sert à quoi en fait ?

J’étudie les pratiques dites chamaniques depuis plusieurs années maintenant et j’ai toujours évité soigneusement le titre de chaman, comme une renarde louvoyant entre les chasseurs. On ne sait jamais, les gens pourraient avoir envie d’y croire et moi aussi. Donc je ne vais pas parler ici de chamanisme traditionnel (quel que soit ce qu’on veut bien entendre par là de nos jours) mais de la technique de transe utilisée pour « voyager » dans une ou plusieurs autres réalités (communément appelée « monde »).

Je me souviens parfaitement de mon tout 1er essai au voyage chamanique, celui que l’on fait toujours en 1er (en tout cas, si j’en crois la myriade de bouquins et de sites que j’ai pu lire sur le sujet avant et après m’être lancée) : la rencontre avec son animal « totem/allié/entrez la mention que vous voulez ». Je m’étais refusée à lire les témoignages d’autres personnes afin de ne pas être influencée. Je me méfiais comme de la peste de mon imagination débordante et de sa propension à toujours vouloir me faire plaisir. Donc j’y suis allée (avec un enregistrement de tambour piqué chez Artus) et une attente énorme (tout en me disant que je n’attendais rien et que ça s’trouve ça va pas marcher parce que je suis nulle, que j’ai pas d’animaux machins, que personne ne voudrait de moi de toute façon et que l’enregistrement il est trop court que jamais j’aurai le temps de rencontrer quoi que se soit en 10mn ! ….bref, vous voyez le genre).
J’avais raison au moins sur un point,  l’enregistrement était vraiment trop court et il m’a fallu m’en trouver un autre plus long MAIS il était largement suffisant pour faire le 1er pas dans le terrier à lapin et me retrouver de l’autre côté. Et s’il y a bien une seule chose à comprendre dans le voyage chamanique, c’est bien celle-là. Et pas besoin d’avoir une image super claire en technicolor. Je ne voyais rien, tout était noir, j’étais comme une aveugle qui se dit « Là je descends, il doit y avoir un escalier ou un ascenseur ou une espèce de grotte. » et « Là, je dois être de l’autre côté… je crois… on va dire que oui. Mais je suis pas état second là… je pensais que je le serai… Elle est où la transe ? Flûte, va falloir tout recommencer, j’y suis pas arrivée ! » 😀 Mais je ne m’étais pas plantée, j’étais au bon endroit, il fallait juste que je l’intègre, que mon mental lâche prise et que j’accepte MA perception du truc (qui n’est pas la même que celles des bouquins ni des autres personnes ayant aussi voyagé). Petit à petit, essai après essai. Il n’y a pas de parfaits voyages, il n’y a que ceux que l’ont fait avec ce qu’on a. Certains partiront en un claquement de doigts debout dans la rue, d’autres auront besoin de calme, d’un rituel et d’un lit. Certains verront les choses défilées comme à la télé, avec des dialogues et tout et des sensations de partout ! D’autres ne verront rien, ni n’entendront quoi que se soit si ce n’est leur propre voix dans leur tête. Toutes ces expériences sont aussi valables les unes que les autres. Je m’attendais à vivre intensément les choses comme si j’y étais physiquement, j’ai été super déçue et j’ai de suite douté de la légitimité de mon expérience. Chacun vit les choses à sa façon, selon ce qu’il est prêt à expérimenter. Aujourd’hui, il m’arrive de revenir de certains voyages secouée jusqu’à l’os. C’est juste une histoire de pratique, comme pour tout. On s’ouvre petit à petit à l’expérience. Il s’agit bien souvent aussi de trouver son déclic à soi. Le son du tambour ne marche pas ? Peut-être que pour vous le son du vent, de la pluie ou des maracasses fonctionnera mieux. Par exemple, l’odeur de mon bâton de sauge est pour moi un déclencheur de transe très fort. J’ai été habituée à utiliser de la sauge pour purifier mon espace avant tout voyage depuis le début de ma pratique. C’est donc devenu un de mes super déclics. Et ma transe se limite à être bien centrer et très au fait de ce qui se passe autour et à l’intérieur de moi tout en étant ailleurs, pas d’yeux convulsés ni de corps tremblant. Cela arrive pour d’autres mais pas dans mon cas :).

Ça, c’est pour la partie technique mais au fait, pourquoi voyager ? Pourquoi s’embêter à faire tout ça ?? (cela dit pratiquer régulièrement de la méditation, centrage, enracinement et lâcher-prise, ça ne vous fera que du bien pour tout !) Je ne sais pas vous mais, dans mon cas, c’était beaucoup de curiosité, une envie de voire par moi-même si ça existe vraiment tout ça, de l’expérimenter et de trouver les réponses à toutes mes questions existentielles. Pour beaucoup de « spécialistes » de la question, ceux sont de mauvaises raisons (en tout cas les premières). Selon eux, on ne doit aller dans les autres mondes qu’avec des questions valables et pas comme ça, en touriste (c’est un manque de respect pour tout le monde et je ne vous parle même pas de l’importance d’être choisi par les esprits pour le faire mais ça, c’est un autre débat). Même si j’ai envie de dire « oui mais non », ils n’ont pas complètement tord. Le but du voyage est important car il donne une destination à votre GPS interne. Vous n’êtes pas obligé de le suivre mais ça facilite grandement le voyage (vous donnez un os à ronger au mental, il va s’y accrocher et vous aider à ne pas perdre le fil). Mais pour avoir aussi fait la touriste malgré tout, je peux vous dire que c’était un peu comme faire une belle méditation. Cela n’apporte rien d’autre qu’un moment à soi, la plupart du temps. Des fois, mais ça a été rare pour moi, on fait des rencontres et on obtient des enseignements. Mais la plupart du temps je m’endormais ou je me perdais dans mon mental. De manière globale, le chamanisme (peu importe son contexte culturel) reste une pratique très terre à terre, très concrète. Faire quelque chose sans but, c’est gaspiller inutilement de l’énergie, du temps, etc… Et, en effet, c’est un manque de respect pour les esprits. Passer du temps dans les autres mondes sans réel but, c’est fuir la réalité et ça, c’est aux antipodes de tout cheminement spirituel. Donc oui, il faut bien arriver à pratiquer et on se retrouve vite à court d’idées mais il vaut mieux attendre d’avoir une bonne raison de déranger tout ce petit monde ;).

Alors pourquoi voyager ? On le tournera comme on veut ( à la néo-chamanisme tourné vers le développement perso ou traditionnel avec une portée plus concrète d’aide à la collectivité) mais, basiquement, on vient chercher de l’info et de l’aide que cela soit pour soi ou pour les autres*. C’est principalement à cela que sert le voyage chamanique, à ça et à entretenir les liens avec vos alliés (et oui, ça marche dans les deux sens). Il permet aussi d’agir dans les autres mondes toujours pour aider dans celui-ci (recouvrement d’âme, guérison, passage de l’âme de l’autre côté, etc) mais là, on part sur un niveau plus avancé.

Et sinon, est-ce que ça marche ? Personnellement, pas toujours… Le voyage chamanique est une pratique qui peut s’avérer très frustrante : on n’arrive pas à « se connecter », les alliés sont occupés ailleurs, ils nous répondent à côté ou alors on a LA révélation mais impossible de s’en rappeler à notre retour… Oui, c’est bien ça, frustrant. C’est dans un de ces moments de grande frustration que je me suis posée la question « Les voyages chamaniques, ça sert à quoi en fait ? » et que j’ai décidé d’écrire cet article XD. Heureusement que j’ai d’autres moyens d’obtenir des réponses et de l’aide, et surtout heureusement que mes alliés sont très patients avec moi car, soyons honnête, je ne suis pas au point, en tout cas pas dans l’état actuel de mon cheminement. Cela me demande de la patience, de la persévérance, de bien entretenir la relation avec mes alliés, d’être à l’écoute de mon intuition, d’être pleinement ancrée dans ma vie et beaucoup d’autres choses. C’est un tout.

En parlant de ça, dans cet article, j’ai choisi d’aborder cette technique en-dehors de son contexte traditionnel afin d’éviter le sujet trop casse-gueule de l’origine des chamanismes et leur réappropriation actuelle. Le voyage chamanique dans son principe le plus basique (un moyen de se connecter à une autre réalité) peut très bien s’adapter à différents cheminements spirituels. Je le vois comme un très bon outil de connexion au Sacré et à son Intuition. Mais il ne faut pas perdre de vue que sans un support culturel et spirituel, il perd vite de son sens. Que vous ayez gardé « l’enveloppe » d’origine ou que vous l’ayez customisé, c’est elle qui nourrira le voyage et inversement.

Alors voilà, bon voyage à tous, ne vous perdez pas. Perso, quand je vais trop loin, je claque trois fois des talons et je souhaite très fort revenir à la maison ! C’est un p’tit truc de la Tradition Oz ;).

Très bon cheminement à tous ! 🙂

*Tout le monde ne souhaite pas de votre aide, aussi bien pensante soit-elle et c’est une chose à respecter.

Peinture : « Airborne » de Larry McDougall
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3 thoughts on “Les voyages chamaniques, ça sert à quoi en fait ?”

  1. A reblogué ceci sur Naga Kriet a ajouté:
    Aujourd’hui je partage avec vous un article sur le voyage chamanique, écrit par Brume Follet.. Que vous soyez pratiquant ou simple curieux, je suis sûre que ses mots vous intéresseront. 😉

    J’aime tout particulièrement aimé ce passage :
    « Et sinon, est-ce que ça marche ? Personnellement, pas toujours… Le voyage chamanique est une pratique qui peut s’avérer très frustrante : on n’arrive pas à « se connecter », les alliés sont occupés ailleurs, ils nous répondent à côté ou alors on a LA révélation mais impossible de s’en rappeler à notre retour… Oui, c’est bien ça, frustrant. C’est dans un de ces moments de grande frustration que je me suis posée la question « Les voyages chamaniques, ça sert à quoi en fait ? » et que j’ai décidé d’écrire cet article « 

  2. « En parlant de ça, dans cet article, j’ai choisi d’aborder cette technique en-dehors de son contexte traditionnel afin d’éviter le sujet trop casse-gueule de l’origine des chamanismes et leur réappropriation actuelle. Le voyage chamanique dans son principe le plus basique (un moyen de se connecter à une autre réalité) peut très bien s’adapter à différents cheminements spirituels. Je le vois comme un très bon outil de connexion au Sacré et à son Intuition. Mais il ne faut pas perdre de vue que sans un support culturel et spirituel, il perd vite de son sens. Que vous ayez gardé « l’enveloppe » d’origine ou que vous l’ayez customisé, c’est elle qui nourrira le voyage et inversement »

    Ce type de précisions et de rappels est fort rare sur la plupart des blogs « néopaïens ». Merci donc d’y avoir pensé !

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