Ancêtres & Mort

Emily et la Mort

J’ai découvert ce poème de la poétesse américaine Emily Dickinson qui m’a scotché tellement ses mots sonnent justes. Il est titré « The Chariot ».

« Because I could not stop for Death,
He kindly stopped for me;
The carriage held but just ourselves
And Immortality.

We slowly drove, he knew no haste,
And I had put away
My labor, and my leisure too,
For his civility.

We passed the school where children played
At wrestling in a ring;
We passed the fields of gazing grain,
We passed the setting sun.

Or rather, he passed us;
The dews grew quivering and chill,
For only gossamer my gown,
My tippet only tulle.

We paused before a house that seemed
A swelling of the ground;
The roof was scarcely visible,
The cornice but a mound.

Since then ’t is centuries; but each
Feels shorter than the day
I first surmised the horses’ heads
Were toward eternity. »

Emily Dickinson

En français (traduction des éditions Aubier) :

« Comme je ne pouvais m’arrêter pour la mort,
Aimablement elle s’arrêta pour moi ;
La voiture ne contenait que nous deux
Et l’Immortalité.

Nous avancions lentement, elle n’était pas pressée,
Et moi j’avais rangé
Mon travail, et aussi mon loisir,
A cause de sa politesse.

Nous passâmes devant l’école où des enfants jouaient
A lutter dans un cercle ;
Nous passâmes devant les champs de grains attentifs,
Nous passâmes devant le soleil couchant.

[Ou plutôt, c’est lui qui nous vit ;
La rosée nous faisait frissonner : nous avions froid,
Les fils de la Vierge pour seul robe,
Mon tulle pour étole.]

Nous nous arrêtâmes devant une maison qui semblait
Une éminence du sol ;
Le toit à peine visible,
La corniche une butte.

Depuis lors il y a des siècles ; mais chaque siècle
Paraît plus court que le jour
Où je commençai à deviner que la tête des chevaux
Se dirigeait vers l’éternité. »

illustration de Emma Lazauski

Publicités

2 thoughts on “Emily et la Mort”

  1. Très joli… On voit ce qui te travaille, en ce moment (tu me diras, moi aussi)! 😉
    Pour la traduction, je me demande s’il n’aurait pas fallu conserver quand même le masculin au deuxième vers – même si ce que je propose est une faute en français, j’en ai conscience. Quand je suis arrivée à la fin du poème, j’ai perçu l’image de la Mort et d’Emily en tant que couple, une possibilité qui m’avait échappée, et garder un « il » au deuxième vers permettrait d’avoir déjà l’idée dans un coin de la tête, attendant d’être réactivée par la fin.
    Mais bon, tout cela est du pinaillage et je suis bien contente que tu l’aies traduit, je n’aurais sans doute pas pris le temps de le lire en anglais sans ça. 😛
    Merci!

    Emma Lazauski a fait l’illustration exprès pour le poème ou tu l’as trouvée à part? C’est fou à quel point elle correspond bien!

    1. Oh oui, ça travaille dur ! XD

      Pour la traduction, c’est celle des éditions Aubier, à part la 4è strophe qui était bizarrement manquante ! Apparemment les poèmes d’Emily ont été pas mal modifiés par les éditeurs eux-même pour coller aux standards de l’époque, ce qui me donne des envies de hurler ! Pour en revenir au il/elle, je l’ai laissé tel quel mais je suis bien d’accord avec toi, ça aurait dû être un « il ».

      Au sujet de la peinture, je l’ai trouvé à part et ouais, elle colle super bien au poème ! 😀 Emma Lazauski fait des choses magnifiques ^w^.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s